Je crois qu’il faut que je vous parle… d’Aurelia Decker !
« Il faut qu’on parle ». Connaissez-vous une tournure aussi désagréable ? C’est le genre de formule qui annonce souvent des emm… et on la fuit comme la peste ! Pourtant il ne faut pas dire « Fontaine je ne boirai pas de ton eau ». Surtout quand ladite formule évoque le tout premier spectacle d’Aurelia Decker, une jeune femme aussi cristalline qu’une eau vive ! Elle court comme un ruisseau, que les enfants poursuivent…
Si je cite la chanson de Guy Béart ce n’est pas par hasard. Cette ritournelle c’est celle que ma maman me chantait le soir pour m’endormir. Elle me rappelle immanquablement son parfum, sa douceur, ses yeux tout plein d’amour… Et c’est exactement la même sensation que j’ai ressentie en découvrant la petite nouvelle du métier, Aurélia Decker. (La douceur hein ! Pas les yeux plein d’amour !)
Qui es-tu Aurélia ?
Un teint coloré à l’aquarelle, des bouts de nuages dans les pommettes, Aurélia est l’esquisse même de la fraîcheur. Cette jeune femme a présenté hier soir pour la toute première fois de sa vie son tout premier spectacle, devant son tout premier public. A bord de la péniche Antipode, le trac devait tanguer dans son esprit, mais Aurélia a assuré et a glissé sur les minuscules erreurs avec la délicatesse d’une plume… On lui pardonne, c’était la grande première !
C’est amusant parce que la demoiselle se prénomme Aurélia, mais depuis hier soir j’ai une furieuse envie de l’appeler Lilith. Vous savez Lilith était la toute première femme façonnée par Dieu, avant même qu’il ne crée Eve. Lilith était la première créature humaine, elle incarnait l’innocence et l’envie. Aussi vraie qu’un premier cri de nouveau-né, Lilith était pleine de vie. A tel point qu’elle n’a pas su conquérir Adam. Elle manquait de dépendance. Lilith n’était pas la femme d’Adam, elle était « la femme »…
Cette image, plus authentique que religieuse, caractérise tellement Aurélia. Cela vient sûrement du fait qu’on parle d’une « première fois » mais il y a quelque chose d’aussi brut et de transparent chez cette humoriste primitive.
Et le spectacle ?
Pour une première, on est loin d’être déçu. On aurait pu s’attendre à une passion de bafouillages et autres imprécisions, mais Aurélia n’a laissé aucune place au doute ou à l’errance. Elle semble savoir où aller et nous a présenté une jolie succession de tableaux, scènes quotidiennes de discussions franches. De la mise au point, à la rupture en passant par la requête, Aurélia nous illustre sa façon d’ouvrir le dialogue et de prendre les choses en main avec douceur mais fermeté. 
Un caractère que l’on ressent à l’intérieur de ses fresques comme dans la globalité de son œuvre. A l’image des Nymphéas, Aurélia écrit avec une volupté apparente qui lève doucement le voile sur une précision et un sens du détail marqué par un coup de pinceau volontaire.
Mais ce qui la différencie, ce n’est pas son écriture qui on le sent peut encore accoucher de merveilles, mais sa mise en scène. Sur les planches, Aurélia se meut avec la grâce d’une ballerine. Rigueur, dos droit, arabesque, sensualité… Elle ne semble pas avoir idée de tout ce qu’elle exprime quand elle bouge: le goût de l’effort et du travail à l’allure de la vie qui s’écoule dans ses veines. Un vrai Degas…
Et cette mouvance s’harmonise subtilement avec les changements de décors, de costumes, les croquis de chorégraphies… Aurélia manie les climats duveteux aussi bien que d’autres plus sensuels, aussi fougueux qu’une milonga de Piazzolla. La milonga d’un ange..
Bon ben…
Ne vous y méprenez pas, bien que le spectacle d’Aurelia s’apparente à une jolie caresse, cela reste un one-woman-show. Il était juste impossible de vous décrire ces 60 minutes de sourire, sans évoquer le raffinement de cette artiste. Aurélia a parfaitement intégré le terme de « spectacle », et nous en offre un splendide, comme un écrin à la hauteur de son humour facétieux. Mise en scène, lumières et musiques étaient les pinceaux de cette artiste complète. Et, au travers de son style pastel, on a l’impression de déceler une myriade de possibilités irisées aussi fascinantes qu’un bleu Klein. Aurélia m’a séduite, m’a fait rire, et il ne fait aucun doute qu’elle envoûtera également son public à Avignon, où elle s’apprête à se rendre pour un mois de plaisir de tous les sens…
Si comme moi vous avez envie de mieux connaître Aurélia, je vous donne rendez-vous très prochainement pour une interview exclusive !
Note à Béné: on relèvera aussi la qualité d’un certain Ilan, chanteur interprète qui prête délicieusement sa voix aux intermèdes un chouia longs entre les sketchs. Même pas grave, la voix d’Ilan nous a fait patienter sans problème !
Je crois qu’il faut qu’on parle
Festival off d’Avignon
L’art en scène Théâtre, 8 rue Londe, 84000 Avignon
Du 8 au 31 juillet 19h
tarif plein: 12€, tarif off: 8€
Plus d’infos: www.aureliadecker.com
Mots-clefs :Antipode, Aurélia Decker, humour, je crois qu'il faut qu'on parle








j’ai été envoutée par ce onewoman show remarquablement interprété par Aurélia Decker à qui je souhaite un franc succès en Avignon. J’en suis sortie mieux, plus heureuse et je croie que c’est le but de tout spectacle comique. Alors fonce et ne t’arrêtes plus pour notre bonheur à tous… os